Les projets immobiliers en Ile-de-France bouleversent l'urbanisme

Les projets immobiliers en Ile-de-France bouleversent l'urbanisme

Les projets immobiliers en Ile-de-France bouleversent l'urbanisme

Les projets immobiliers prévus en région parisienne font une grande place à la mixité des bâtiments. Ils laissent augurer d'une profonde évolution du milieu urbain.

Les élus de la région parisienne n'ont pas attendu l'arrivée du métro du Grand Paris pour lancer la construction des nouveaux quartiers qu'il doit desservir entre 2024 et 2030. De quoi attirer les investisseurs, créer de l'activité, des emplois et loger les habitants dans de meilleures conditions. Le succès des trois derniers grands appels à projets lancés dans cette perspective est incontestable. Réinventer la Seine a fait émerger 41 projets, essentiellement en région parisienne. Lancé en 2014 par la Mairie de Paris, Reinventer Paris a permis de recevoir près de 400 propositions pour 23 sites à réaménager et d'ouvrir une deuxième phase portant plus particulièrement sur les sous-sols.

Mais c'est surtout Inventons la Métropole du Grand Paris qui permet de mesurer l'ampleur du phénomène. Ces projets concernant 166 hectares , à 88 % en renouvellement urbain, vont permettre de construire 2 millions de mètres carrés et 13 hectares d'espaces verts en drainant 7,2 milliards d'euros d'investissements privés. De quoi susciter 50.000 emplois. Les finalistes d'un deuxième appel à projets, pour 29 sites, seront annoncés le 16 octobre et les résultats le seront en mai prochain.

Immeubles multifonctions

Virginie Houzé, directrice Etudes et Recherche chez JLL France, passe au crible, dans une étude (« Grand Paris : laboratoire d'innovations immobilières ») publiée mardi, 88 projets présentés dans le cadre de ces trois concours. « Ils sont plus innovants que la moyenne, explique aux 'Echos' la spécialiste du géant du conseil en immobilier d'entreprise. La moitié sont mixtes et répondent à plus de trois fonctions différentes. Les trois quarts de ceux qui ont été retenus comportent une dimension végétale. »

Cette mixité s'exprime dans les fonctions mêmes du bâtiment. Ainsi l'habitat peut combiner logements, hôtels, résidences, auberges, co-living. La fonction travail peut se matérialiser sous forme de bureaux, d'espaces de co-working, d'incubateurs , de Fab Lab, d'ateliers, de locaux logistiques ou encore de commerces. Certains immeubles abritent des services tels que crèches, santé, conciergerie ou enseignement. Enfin, d'autres projets sont voués aux événements, la culture, la socialisation, la restauration, le sport, des jardins et des potagers communautaires. Ces quatre familles de fonctions verticales peuvent se combiner sous le même toit, par exemple de l'habitat, du travail et des services, etc.

 

Dans les années 1960-1970, on séparait les habitations et les activités. Aujourd'hui, ces fonctions peuvent être réunies dans une seule enveloppe mais on continue généralement à séparer les flux. En fait, on fait un quartier à l'échelle de l'immeuble, remarque Virginie Houzé. On ne veut plus de ces grands mouvements pendulaires entre le domicile et le travail, qui se traduisent par une ville interminable, invivable. »

Recyclage de l'espace

En clair, pour rester attractives, les métropoles mondiales doivent se rapprocher de la qualité de vie de villes plus petites comme Vienne et la rareté du foncier pousse les élus à récupérer des espaces qui avaient été abandonnés. « On passe de l'économie du jetable au recyclage de l'espace urbainon valorise l'innovation plutôt que le foncier, résume Virginie Houzé. Cependant, le sujet de fond, accompagner les changements de la ville, demeure. Plusieurs projets se positionnent d'ailleurs avec la volonté d'apporter quelque chose à la ville. » Cette mixité ne rebute pas les investisseurs à Londres, New York ou Paris, mais ceux d'autres régions du monde peuvent être plus circonspects.

Professeur à Sorbonne Université, spécialiste des questions de géographie urbaine cité dans l'étude JLL, Xavier Desjardins juge que le foisonnement de projets pose la question de leur articulation, de leur cohérence avec l'existant et qu'il n'y a pas réellement de mise en perspective à l'échelle régionale.